Article Feldenkrais

                   ARTICLE de Myriam Pfeiffer_ Dec 2008 pour le CND

 

Apports spécifiques de la Méthode Feldenkrais pour les danseurs :


La Méthode Feldenkrais va permettre aux danseurs d'accéder à une meilleure organisation du mouvement et de l'action par des mouvements exploratoires. Ils vont d'abord découvrir leur propre façon de fonctionner, leurs schémas d'action habituels, et vont ensuite développer des alternatives, des schémas nouveaux qui vont assouplir et enrichir leur répertoire. Cela leur permettra d'avoir un grand choix de possibilités pour choisir spontanément les modes d'action les plus adaptés à chaque situation, à chaque instant.


La méthode Feldenkrais n'est proposée en général qu'au terme d'un travail préalable durant lequel seront appris les rudiments du fonctionnement de l'être humain. La méthode n'est pas directive, les élèves apprennent à développer des options, à avoir des choix. Moshé connaissait tous les rouages du fonctionnement du corps humain de manière très fine, vécue et réfléchie. Il savait comment créer les conditions permettant de modifier des habitudes et d'apprendre à apprendre.


Dans une leçon, chaque partie du corps est éclairée en vue d'une fonction qui va émerger à la fin de la leçon ou de plusieurs leçons menant vers cette fonction, sans qu'il ait été dit au début où cela mènerait. Cet apprentissage permet de libérer l'homme de sa « mécanicité », de ses automatismes tout en découvrant le côté essentiel de sa nature à travers la sensorialité et la motricité qui caractérise la vie.


Dans la pédagogie classique, l'apprentissage est compris comme étant la conséquence de répétitions utilisées dans le but de renforcer les voies déjà frayées du système nerveux. Feldenkrais a développé une méthode basée sur une approche tout à fait différente : à savoir que l'acquisition d'un nouveau schéma d'action requiert non pas la répétition du même à l'identique, mais la réalisation d'une même action au travers de ses variations successives de telle façon que cette action peut être modifiée par des corrections sensorielles.


Mais qu'est-ce qui empêche les danseurs et tous les êtres humains en général de sentir?


J'ai remarqué que beaucoup de danseurs pensent que les muscles supportent le corps. Or, c'est le squelette qui est le support de l'édifice et sa poutre maîtresse est la colonne vertébrale. Dans la méthode Feldenkrais on chemine vers la prise de conscience du squelette :


. Cette prise de conscience permet de se percevoir soi-même et les autres en termes de configuration squelettique.
. Nous développons ainsi le sens interne du squelette, de même que nous apprenons à voir et à sentir le squelette et les besoins des autres. 
. La fonction du squelette est de neutraliser la gravité en créant des forces contraires égales au poids porté.
. La compression est le langage du squelette. . Nous utilisons les compressions pour évoquer des réponses antigravitaires auprès du système nerveux pour l'organisation du squelette. . Cela va permettre d'enlever le travail des muscles contractés. . En utilisant la force extérieure, les muscles n'ont plus besoin de tenir le squelette et se libèrent pour le mouvement.

. Les habitudes émotionnelles sont liées à la musculature et une prise de conscience squelettique (image de soi squelettique), va permettre d'augmenter la maturité et la liberté de la personne.

 Le travail sur le squelette ne soulève pas de résistance, il permet de contourner la musculature et de sortir du cercle vicieux des émotions.
. La prise de conscience du squelette permet un meilleur alignement de celui-ci. De ce fait, la personne se sentira de plus en plus en sécurité, pourra s'affirmer et devenir plus elle-même.

D'autre part, la notion généralement admise est que le corps doit être entraîné en faisant des efforts, en effectuant un travail dur, que le corps doit être dominé. Or, cette manière de travailler empêche de sentir, ferme le « flux libre » (selon le terme de Laban) et ne permet pas de trouver la force. Seul le « flux libre » permet au  contraire de percevoir, et de trouver flexibilité, grâce et force. Seul le mouvement effectué sans effort est beau.


Dans cette optique, l'entraînement le plus prometteur devrait être organisé de manière à allier une minimisation de l'effort à une large variété de sensations clairement différenciées. Il devrait mettre en place les conditions optimales favorisant l'absorption consciente et la mémorisation d'un riche éventail de sensations nuancées, rendues ainsi disponibles à la juste précision du mouvement volontaire.


Les mouvements des danseurs orientaux et ceux exécutés dans les arts martiaux sont concentriques. Tout se courbe, les bras embrassent le corps. Tout converge vers le milieu. Les mouvements des danseurs classiques occidentaux sont souvent excentriques. Si les acrobates, les patineurs sur glace ou les plongeurs faisaient de même, ils se blesseraient. Il suffit de regarder les animaux, le chat par exemple, ils font des mouvements concentriques et sans effort.


La méthode Feldenkrais permet ce travail - « trouvaille » - en profondeur, et la perception de soi dans son fonctionnement holistique. Elle est, je pourrais presque dire, indispensable pour les danseurs, a fortiori pour les professeurs de danse.


Moshé répétait souvent de faire les mouvements lentement, en appréciant la sensation de plaisir, de découverte. Il recommandait  de ne pas essayer de bien faire, ni de vouloir réussir, d'achever quelque chose, de ne pas dévelpper la force de la volonté mais la capacité de pouvoir le faire aisément  et de jouer comme le chaton joue avec une pelote de laine ou une chaussure. L'accent est mis sur la sensorialité et sur la nécessité d'une présence attentive pendant l'action. Seuls les muscles non tendus sont capables de sentir.

Seul un laisser-faire rend le corps disponible pour se laisser agir et s'ouvrir à une autre dimension. Cela est possible et facile quand on s'ancre dans le bassin où se trouve la source de la force, et le flux de la vie peut circuler librement

tout le long de la colonne vertébrale vers la tête, les bras et les mains (comme la sève de l'arbre).


Nous assistons alors à  un changement total dans la manière de percevoir et de sentir : la sensorialité, obtenue sans effort, sans tension, sans agression contre soi-même. L'essentiel n'est plus l'objet de notre attention mais la qualité de l'attention que nous lui portons, la qualité du senti. Il en découle naturellement une dimension véritablement humaine, une nouvelle attention à l'autre.


La danse prend alors tout son sens, sans souffrance, légère, esthétique comme celle d'Isadora Duncan ou de Martha Graham.


La fonction de la  beauté est d'être vrai et de percevoir subtilement.


La Prise de Conscience par le Mouvement et l'Intégration Fonctionnelle sont la base de l'apprentissage pour devenir un « apprenti-sage ».

                                                                               Rédigé par Myriam Pffeifer_ Dec 2008



22/12/2011
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